Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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02.Témoignage : « Je me bats pour faire avancer la situation des veuves de marins victimes de l’amiante »

21 septembre 2017

« Cela fera neuf ans en août que mon mari est décédé. Cela fait presque aussi longtemps que je me bats pour faire avancer la situation des femmes de marins victimes de l’amiante et que j’essaie de faire des synergies de tous les acteurs concernés (Addeva 29, syndicats, retraités de la marine marchande).

L’Enim, le régime social des marins, est archaïque :

- Les maladies professionnelles ne sont prises en compte que depuis 1999.
- Il n’a pas de branche spécifique accidents du travail - maladies professionnelles, alors qu’il compte parmi les professions les plus périlleuses. Cela lui permet de faire des amalgames entre les branches maladie et vieillesse.

Jusqu’à il y a peu, les marins ne pouvaient pas mener d’action en faute inexcusable de l’employeur. Ils n’ont ce droit que depuis deux ans.
- En cas de faute inexcusable reconnue, la réversion des veuves était plafonnée à 60% du salaire forfaitaire. L’Enim a dû finalement accorder une réversion qui se rapproche de l’indemnisation du régime général (100% du salaire forfaitaire) par une circulaire de mars 2017.

Il y a des avancées, mais il reste tant d’injustices :

- Les marins mis en retraite anticipée depuis 2003 ne touchent aucune indemnisation, si une maladie en lien avec l’amiante se déclare et est reconnue.
- Depuis mars 2016, un marin victime de l’amiante et bénéficiaire d’une pension de retraite anticipée (PRA) a la possibilité d’opter pour une pension d’invalidité maladie professionnelle (PIMP) si celle-ci est plus avantageuse. Mais ce choix est définitif. En cas d’aggravation, il ne touchera rien de plus.

On ne demande pas aux affiliés au régime général de choisir entre une rente AT et la retraite.

De plus, cette possibilité d’option accordée aux marins a été refusée aux veuves ! Elles ne touchent que la réversion (54%) d’une retraite d’ancienneté avec décote (2% par année manquante), imposable et diminuée de la CSG et RDS !

Des textes existent, mais ils ne sont pas appliqués :

- L’Enim ne respecte pas le Code de la Sécurité sociale qui prévoit que les marins bénéficient de prestations équivalentes au régime général. Une retraite d’ancienneté avec décote ou sa réversion n’est pas équivalente à une rente maladie professionnelle ou à une rente de conjoint survivant.

- L’Enim ne respecte pas la convention du travail maritime de l’OIT - ratifiée par la France en 2013 - qui dit qu’un marin et sa famille, dans un même pays, doivent bénéficier de la même protection sociale qu’un travailleur à terre.

Et ce sont les marins tombés malades les plus jeunes qui sont les plus pénalisés.

Pourquoi le défenseur des droits, alerté depuis un an, ne réagit-il pas ? Mon mari a été abandonné seul en mer sur un pétrolier échoué dans la tempête pendant 4 jours. Il a subi un stress post-traumatique qui aurait dû être pris en charge.

On l’a renvoyé vers l’armateur qui n’avait pas fait de déclaration aux affaires maritimes comme prévu par la loi. Or les marins savent qu’il est impossible de continuer à naviguer pour un armateur contre lequel on a porté plainte... Ces injustices ne sont pas acceptables. Les veuves du Finistère continuent. »

Marie-Jo Roudaut
(Plouguernau)


Article tiré du Bulletin de l’Andeva N°55 (septembre 2017)